Deux enfants en pleine chasse aux oeufs, célébrant la joie de Pâques en Corse ©adobe stock
En Corse, la semaine sainte est animée par quatre célébrations emblématiques .
À Bunifaziu , cinq confréries défilent le jeudi saint (« petites châsses ») et le vendredi saint (« grandes châsses »).
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La châsse baroque de Saint-Barthélemy témoigne de son écorchement. D’un poids de 800 kilos, elle nécessite plusieurs équipes de six porteurs. Les processions circulaires commencent dès huit heures le vendredi matin. Elles visitent les cinq églises de la ville de façon successive.
À Calvi , la Granitula voit les pénitents cagoulés, pieds nus, former une spirale à travers la citadelle. Cette procession des confréries de Saint-Antoine et de Saint-Érasme évoque la forme d'un escargot. Elle se répète en différents points du parcours.
Sartè présente le Catenacciu, où un pénitent anonyme porte une croix d’un poids de 37 kilos. Ses pieds sont entravés par des chaînes de 17 kilos. Durant son trajet jusqu’à l’église, il s'effondre à trois reprises. Ces chutes représentent l'ascension du Christ vers le Golgotha, avant sa crucifixion.
À Carghjese , les célébrations suivent les rites byzantins. Le Vendredi saint, une procession porte l'Epitaphios, linceul représentant le dernier épisode de la Passion du Christ, la Mise au tombeau. Le lundi, après la Divine liturgie, une procession traverse le village. Elle termine par la bénédiction des campagnes depuis un belvédère dominant le golfe de Sagone.
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Le cacavellu est un gâteau pascal en forme de couronne parfumé à l'anis ou aux agrumes. Il nécessite trois jours de préparation. Sa forme annulaire symbolise le passage entre la mort et la vie. Traditionnellement, les familles préparaient un cacavellu par enfant, orné d'un œuf dur.
Les pâtisseries corses produisent une centaine de cacavelli par jour avant Pâques. Elles enchaînent les fournées jusqu'au soir afin de satisfaire la demande croissante durant cette période de fêtes. Vous laisserez-vous tenter par une dégustation ?
Au travers de ses mets traditionnels, la Pâque corse symbolise le passage de l’austérité du carême à l’abondance pascale.À Santa Lucia di Tallà Sainte-Lucie de Tallano , u trapassu imposait trois jours de jeûne du jeudi au samedi avec uniquement des plats sans viande.
Le Jeudi saint est considéré comme la veille d’un enterrement. À Calvi, les familles préparaient le u cunfortu à a Vergine, une soupe de poireaux et de haricots. Dans le Sud, a suppa di a Madonna utilisait les mêmes ingrédients. À Campile, les fritelle amare contenaient 13 herbes symbolisant les apôtres : l'erba santa (achillée), u porru (poireau), u cuglione di prete (cilène).
Le Vendredi saint, le poisson apparaît sur les tables.
Le dimanche, l’agneau pascal trône au centre des tables. Les légumineuses occupent une place importante : pois chiches pour a minestra di ceci et fèves, premier légume du printemps. Sans sa peau, il révèle une forme évoquant un fœtus, symbole parfait de renaissance. Les familles de Bonifacio dégustaient des panizzi, une sorte de bouillie de farine de pois chiche coupée en tranches une fois refroidie, puis frite.
Le lundi de Pâques est jour de Merendella. En Castagniccia , sur les hauteurs d’ Orezza , des bergers organisent de grands pique-niques en plein air avec beignets de fromage frais de chèvre et cabri grillé. Les familles apportent cacavelli et autres spécialités locales. De leur côté, les enfants partent à la recherche des œufs chocolatés cachés dans la nature.
Dans les années 80, l’Adecec (association culturelle ayant pour but la promotion et la défense de la langue et de la culture Corse) transforme ce lundi en rassemblement populaire. Aujourd’hui, cette coutume constitue un passage obligatoire pour les familles corses.
Le lundi de Pâques, les enfants corses prennent leur premier bain de l’année. Malgré une eau à 15°C en avril à Aiacciu et partout en Corse, ce baptême aquatique marque symboliquement la fin de l’hiver et le début des beaux jours.
Conseil aux familles
Pour les processions, arrivez tôt à Sartè ou Bunifaziu. Goûtez différentes versions du cacavellu, sans oublier de préparer un pique-nique varié pour la Merendella. Apportez vos maillots et serviettes pour le premier plongeon printanier !
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La Semaine Sainte suit un calendrier précis. Chaque journée est dotée d’une symbolique particulière, rythmant la vie de l’île.Dimanche des Rameaux (a dumenica di l’alivu) : confection des crucette, petites croix en palmes fraîches bénies pour protéger les maisons.
Jeudi saint (u Ghjovi santu) : début des processions. À l’ église Sainte-Marie-Majeure , à Bunifaziu, la tradition des mazzuchi voit l’assemblée frapper le sol avec des branches de palmier.
Vendredi saint : à Bunifaziu, processions circulaires dès huit heures. Dans le Cap Corse, la Cerca parcourt 12 km autour d’Erbalunga et Brando . Elle est menée par les Mazzeri (sorciers) suivis des enfants et des femmes vêtues de la faldetta (habit de deuil). À Calvi, a Granitula se déroule le soir.
Samedi : jour de deuil. À Carghjese, cérémonie du feu nouveau à l’église latine.
Dimanche de Pâques : célébration avec grand repas familial d’agneau pascal, cacavellu.
Lundi de Pâques : Merendella et premier bain pour les enfants.
Les traditions corses de Pâques constituent un patrimoine vivant. La polyphonie bonifacienne, distincte des autres chants corses, accompagne les cérémonies avec une mélodie du Kyrie particulière. Les processions impressionnantes, les saveurs uniques et les moments de partage familial offrent aux visiteurs une immersion dans la culture insulaire.